Vie Commune

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samedi 5 juillet 2008

La repêche

En ce lendemain de résultats du Bac, j'apprends que mon élève Valentine est à la repêche avec un nombre de points incroyable à rattraper.
Nous pensons qu'elle a dû déjà être repêchée en délibérations pour atteindre ce premier palier, grâce à son livret convenable.

Je connais Valentine depuis la classe de Seconde, où elle était un chat écorchée, un volant de jeu de raquettes que se renvoyaient ses parents (Tu la veux, toi ? Non, moi non plus). Elle a tellement changé, en trois ans, elle est devenue une jeune fille plus équilibrée mais encore sur le fil du rasoir. Elle a appris à travailler, mais elle partait de loin, ma belle Valentine, d'un milieu où la culture scolaire ne va pas de soi.

Elle s'est battue avec ses armes, souvent révoltée de découvrir que non, Christian Jacq, ce n'est pas de la littérature, que la géopolitique mérite des analyses plus fouillées que ce qu'elle entendait à la maison, que les considérations philosophiques demandent de désapprendre tout ce qu'on croit savoir.
C'était la première fille, la première femme à passer le bac, dans sa famille.
Nous, ses professeurs, bien souvent, nous nous sommes émerveillés de ses progrès, de son ouverture, de voir s'éveiller en elle des centres d'intérêt qui semblaient absents.

Au fur et à mesure que les mois passaient, sa peur de rater le bac gagnait du terrain, mais nous ne savions que lui répondre la complainte des temps modernes : "Mais enfin Valentine, tout le monde a le bac, aujourd'hui!"
"Justement, nous disait-elle avec la gravité de celle qui voit bien qu'on n'a pas compris, malheur à celui qui n'a pas le bac, aujourd'hui."

Valentine a tellement de points à rattraper que je ne sais pas si elle va y arriver.
Moi aussi, j'ai eu le bac au repêchage.

Je suis pour la suppression du bac et son remplacement par le contrôle continu. Le bac, c'est devenu une victoire de Coupe de Monde pour Français moyens, reconduite chaque année. On se congratule et on boit du champagne, j'avoue que cette année je suis arrivée à saturation complète de cette mascarade.

mercredi 2 juillet 2008

La piste magnétique

Encouragée par l'initiative de Versac qui fait un concours de trolling auquel je participe (j'encourage d'ailleurs mon lectorat féminin à aller là-bas y soutenir la thèse que je défends[1]), je m'enhardis à faire aujourd'hui un billet à fort risque polémique.

Bien que plutôt rationnelle, je suis cependant assez curieuse de phénomènes que la science ignore ou méprise. Par exemple, je soigne certains de mes maux par l'homéopathie et je m'en trouve bien. En revanche, je ne crois pas à l'astrologie, et j'entends parler de chakras et de karmas avec scepticisme et froncement de sourcils.

Tout ça pour dire qu'il m'est arrivé une drôle d'expérience dimanche.
Au moment de partir à la mer avec mes vampires, j'ai fait un faux-mouvement qui a réveillé une vieille mais très vive douleur, reliquat d'une déchirure intercostale. Ce genre de douleur névralgique rend certains mouvements très douloureux, en particulier la torsion du buste, et rend difficile la conduite avec trois marmots en folie qui s'amusent sur la banquette arrière.
Une fois installée dans le bus (car, heureusement, le voyage se faisait en bus) j'essayais de trouver une position confortable mais je sentais bien que la douleur s'était installée et je bougeais le moins possible.

Plus d'une heure après notre départ, une copine, qui avait repéré mon air figé et ma posture raide et crispée m'a proposé de me soulager. En effet, me dit-elle avec un air un peu gêné et quelques précautions oratoires, elle avait déjà pu aider des personnes en passant ses mains sur la zone douloureuse.
Comme je souffrais et n'avais aucun médicament, j'acceptai aussitôt sans réfléchir. Je vins m'asseoir à côté d'elle et elle posa simplement ses mains sur mon dos.
Je ressentis une chaleur agréable et inédite, comme une bouillotte. Très vite, je me suis dit que cette chaleur était trop intense pour provenir du seul contact des mains de cette personne, mais la sensation générale était bienfaisante.
Elle me parlait en même temps, comme si de rien n'était : nulle mise en scène ni bizarrerie, ni discours ésotérique.

Au bout de quelques instants, la chaleur a cessé, et elle m'a dit qu'elle avait terminé.
J'ai repris ma place avec l'impression d'aller mieux mais j'étais toujours crispée de peur de retrouver la douleur en faisant un mouvement incongru.
Cependant, plus le temps passait, plus je me sentais bien et je commençais à tournicoter légèrement, me pencher, enfin, reprendre une activité normale. Ma douleur semblait s'être envolée, j'étais simplement un peu "mâchée" comme après une chute.

Cette sensation a perduré toute la journée.
Et dès le lendemain, je n'avais plus rien, ce qui peut arriver d'autres fois, mais plus couramment je dois supporter deux ou trois jours une gêne assez vive.

Cette copine n'est pas versée en sciences occultes, ni ne fait commerce de ses services. Elle exerce une profession bien sous tous rapports (non, pas prof!) et mène par ailleurs une vie ordinaire de mère de famille (pour ce que j'en sais). Elle m'a dit que ce don lui était venu il y a environ un an, sans qu'elle s'explique vraiment pourquoi, qu'elle avait ainsi soigné un membre de sa famille après avoir ressenti l'intime conviction qu'elle pouvait soulager la douleur ponctuelle qu'il éprouvait.

C'est bizarre, quand même ! Depuis dimanche, je n'arrête pas d'y repenser.

Ajout du soir :
« Vous savez, le magnétisme et les magnétiseurs survivront, ainsi que les radiesthésistes et les sourciers. Si la science pouvait tout expliquer et la médecine, tout guérir, c’en serait fait du magnétisme et des “capteurs” d’ondes mais - et c’est tant mieux -, ce n’est pas le cas. Il y a 30 ans, quand j’ai commencé à m’intéresser aux sourciers, qui sont, en fait, des radiesthésistes, et aux magnétiseurs, mes collègues scientifiques pensaient que la sénescence me gagnait mais vous constaterez que j’ai encore bon pied bon œil et je réponds à vos questions. Les magnétiseurs et les radiesthésistes existent parce qu’ils obtiennent des résultats incontestables. Ils existeront aussi longtemps qu’ils continueront à obtenir ces résultats. »
Professeur Yves Rocard, Physicien, Interviewé par Christian Becant, Revue de Radiesthésie, via Wikipedia. Le texte complet de l'entretien est consultable ici. Merci à Elisabeth qui m'a donné cette piste dans son commentaire.

Notes

[1] à savoir que tout commentaire masculin doit être suivi d'un commentaire féminin sous peine de censure, afin de respecter la parité.

mardi 1 juillet 2008

Projet oXatan, de Fabrice Colin

Je ne lis quasiment jamais de romans de science-fiction, aussi quand j'ai reçu en specimen Projet oXatan, de Fabrice Colin, je ne me suis pas précipitée.

Une fois que je l'ai commencé à le lire, cependant, j'ai été rapidement subjuguée par l'histoire et les pistes de réflexion qu'elle offrait.
Le récit commence en 2541. Au fond d'un cratère de la planète Mars, dans une étrange maison sur pilotis, vivent quatre jeunes adolescents et Mademoiselle Grâce, une veuve entre deux âges qui leur sert de mère.
Le narrateur, Arthur, petit, gros et mal dans sa peau, décide de tenir un journal intime, sur les conseils de Phyllis, le cerveau de la bande. Il est amoureux de la jolie mais frivole Diana, qui lui préfère Jester, play-boy en herbe.

Tout ceci pourrait vous faire penser à une gentille histoire du Club des Cinq, mais il n'en est rien. L'ambiance rappelle plutôt Sa majesté des Mouches, de Golding, à cause du mélange de cruauté et de lucidité qui provoque un léger sentiment de malaise.
En effet, très vite, l'action s'emballe : les jeunes adolescents, dont on comprend peu à peu qu'ils sont maintenus à l'écart de tout par Mademoiselle Grâce, décident de s'aventurer à l'extérieur de leur Bunker.
D'effrayantes rencontres vont peu à peu les conduire à se poser des questions sur leur identité. Qui sont-ils ? Qui est Mademoiselle Grâce ? Dans quelles conditions son mari est-il mort ? Quelle était la teneur du film qu'il préparait, et dont le titre était oXatan ?
Ils apprendront la vérité, une forme de vérité difficile à affronter. Certains y laisseront la vie.

Ce roman écrit par un jeune homme (Fabrice Colin est né en 1972) pose des questions au coeur de l'actualité. Ce matin, sur France Culture, une émission consacrée à la gestation pour autrui ("les mères porteuses") semblait s'inscrire dans le prolongement de la réflexion qu'avait provoquée en moi cette lecture. Progrès technologiques et risques bioéthiques forment la trame d'un récit bien mené, un véritable thriller, noir et haletant mais facile à lire et bien adapté à des adolescents.

L'obscurité. Une simple veilleuse, petite lueur violette dans un océan de noirceur. La cuve. je l'avais juste entraperçue la première fois, dans l'urgence, la panique. Mais je la vois mieux à présent et c'est comme une révélation : un enchevêtrement de câbles, de pinces arrachées, de bras mécaniques, moquette, parc à nourrissons, jouets en plastique, restes de nourriture séchés, bruissements d'insectes, des plantes mortes, des panneaux fêlés, des tables lisses, noires, brillantes, des livres ouverts, des télécommandes, des animaux de synthèse, des outils de chirurgie, des emballages, une poubelle éventrée, toujours des odeurs d'excréments, de moisi, odeur de mort et là-bas, dans le fond, là-bas, une forme indistincte qui remue, qui lève un bras vers nous, qui murmure nos deux noms.
Projet oXatan, de Fabrice Colin, collection Etonnants Classiques, Edition GF.

Ce livre m'a été fourni gracieusement par la maison d'édition parce que je suis enseignante. Il est conseillé à partir de 13-15 ans mais peut très bien être lu par des adultes. Il a reçu de nombreux prix, en particulier celui des Incorruptibles 2003-2004.

dimanche 29 juin 2008

La chaîne d'enfer de Jennifer

Pour faire plaisir à Jennifer, me voilà embringuée dans une nouvelle chaîne.

Racontez ce que vous collectionnez ou avez collectionné. (Il faut au moins 5 choses).
Puis nommez cinq personnes que vous sommez de répondre à cette question, et enfin, manifestez-vous dans les commentaires de la personne en question.

Eh bien, c'est malheureux mais je n'ai jamais rien collectionné.
Le principe même de collectionner des saletés comme des bouchons de bière ou des couvercles de camembert me paraît un signe d'ennui chronique, d'angoisse diffuse ou de bizarrerie avérée.

Cependant, mon Moëllamant étant un collectionneur compulsif, j'ai appris à regarder cette lubie d'un oeil attendri.

Voilà ce qu'il collectionne :
1- les trains miniatures.
2- les bouteilles en verre bleu.
... et des tas d'autres choses comme : de vieilles revues sur je ne sais plus quel thème, des collections de romans pour la jeunesse qu'il a aimés, des sujets miniatures en faïence rangés dans des sortes d'étagères "à niches", des façades de maisons pittoresques très kitch qu'on achète dans les boutiques de souvenirs, de vieilles assiettes avec un motif... (j'en oublie sûrement). Ce musée des horreurs se trouve dans sa maison de campagne et, je l'avoue, lui donne un charme certain quoique parfaitement incompréhensible.

Ordoncques, tremblez malheureux, je vais désigner comme destinataires de cette chaîne les délicieux convives de mon dernier déjeuner de blogueurs...:

Au fur et à mesure, je mettrai un lien vers les réponses...

  • Jenny collectionne tigres, carnets et galets.
  • Candy Froggie collectionne tickets, billets, cartes postales et régimes.
  • Mel'O'Dye collectionne les pommes de pin, paquets de cigarettes vides, timbres, publicités pour des alcools, cailloux, tickets, billets, pierres polies, bijoux, bouquins, CD...
  • Ne manquez pas la très belle contribution photographique de Krysalia qui collectionne des boîtes de toutes sortes.

....

vendredi 27 juin 2008

Moëllamant

Des choses que j'aime chez Moëllamant.

Son sourire quand il m'amène sur les lieux de son enfance et me montre le bassin où il faisait voguer ses bateaux.
Marcher enlacés et s'arrêter pour s'embrasser devant des Japonais qui nous photographient (en arrière-plan accessoirement, on voit aussi la Tour Eiffel)
Nos recherches des bistrots où déjeuner, notre satisfaction de trouver des endroits sympas, notre autosatisfaction proclamée (oh la la comme on est malins, nous, on trouve toujours...) jusqu'au moment où on reconnaît que là, bof, et en rire.
Avoir des tas de projets de visites, balades, dresser des itinéraires, calculer de subtils emplois du temps puis constater qu'on préfère faire l'amour toute la journée.
Rester des heures à parler des choses qui nous importent, être étonnés de nos différences et se plaire malgré elles, peut-être même grâce à elles.
Regarder le foot ensemble à la télé.
Sa délicieuse éducation de fils de bonne famille: appeler l'ascenseur, ouvrir et tenir la porte, faire le tour de la voiture pour que je m'installe la première.
L'enthousiasme dans sa voix quand on croise un chien bâtard qui ressemble à un chien qu'il avait autrefois.
Le regard plein de tendresse qu'il porte sur les gens et les choses.

J'aime bien la campagne de publicité qu'on voit en ce moment : "Paris protège l'amour", avec un préservatif en guise de soleil couchant.